lundi 19 mars 2018

Sans raison apparente



Synopsis :


Après un parcours classique, Rachel est devenue une épouse modèle. Terne, fatiguée, elle sur(vit) et s'efforce péniblement de suivre les traces de sa mère, bourgeoise fortunée de la banlieue de Washington D.C. Jusqu'au jour où cette dernière se suicide. Sans raison apparente. Sa mort, l'enterrement, le défilé des oiseaux noirs, la jeune femme les subit dans un état second, comme au spectacle. Elle passe une journée à errer dans la maison parentale, se rend compte que sa mère n'a laissé aucune trace - comme si cette dernière n'avait jamais existé. Sur le chemin du retour, Rachel voit des chevaux dans un champ. L'un d'eux, un grand palomino, se cabre au moment où la voiture les dépasse. Cela lui rappelle un rêve inachevé. Un rêve de voyage et de liberté.


Chronique :


Sans raison apparente est un roman touchant et dur à la fois. Il met en scène une femme meurtrie par la vie, cherchant à reprendre un second souffle et voulant enfin pouvoir être elle-même. Les thèmes, dramatiques en eux-mêmes, sont relatés avec beaucoup d'introspection, tels un journal intime. Mais l'histoire sait aussi se faire plus légère par moments, prenant des aspects quelque peu aventureux, mais toujours dans une ambiance intimiste.
À la manière d'un road-trip, il se dégage un sentiment de légèreté à travers les paysages traversés par les personnages de Rachel et Djinn. Ensemble, ils parcourent différents lieux, font diverses rencontres... L'ensemble a des allures de voyage initiatique, mais le côté spirituel y est sous-jacent, la psychologie humaine proprement dite étant beaucoup plus explicite.

J'ai aimé cette histoire. Elle aborde la relation entre une femme et son cheval de manière intimiste, même si davantage de moments de ce genre auraient été appréciables, car même si j'ai ressenti cette alchimie qui finit par les lier, elle n'est pas suffisamment exploitée selon moi. Le récit tourne davantage autour des pérégrinations de Rachel et de ses divers questionnements qu'à la relation qui la lie à Djinn et donc au développement de celle-ci. Le thème de la reconstruction est donc présent, mais construit au final sous un angle plus personnel que fusionnel, même si ce dernier aspect se fait pourtant ressentir.

Le récit m'a parfois donné l'impression de ne pas trop avancer, de tourner en rond même, mais cela s'explique en partie par les interrogations du personnage, dont la psychologie est travaillée. Ce qu'elle a vécu peut parler à tout le monde, et l'auteure l'aborde d'une manière réaliste, sans fioritures. À travers l'histoire de Rachel, l'auteure fait comprendre qu'aussi grave que puisse être le drame, il y a toujours un moyen de rebondir et d'aller de l'avant, mais cela ne peut pas se faire tout seul. Elle montre aussi que certaines choses ne s'expliquent pas, qu'il s'agisse des rencontres inattendues et révélatrices que nous faisons, ou des agissements incompréhensibles de certaines personnes.
Charlotte Bousquet dresse un portrait pour le moins acerbe et complexe des relations familiales (notamment mère-fille), à travers le masque de faux-semblants et de préjugés dont elles se parent, juste pour faire bonne figure envers la société et sa morale conservatrice et étriquée. 
Mais elle évoque aussi le mal-être à ne pouvoir être soi-même, à cause de l'influence familiale, cette dernière ne faisant que projeter sur l'autre sa propre lâcheté et faiblesse.

Mais au travers de cette relation entre Rachel et Djinn, il en ressort le constat qu'un animal est beaucoup plus compréhensif et instinctif qu'un humain, ne connaissant pas les notions de trahison et d'abandon égoïste. Les moments qu'ils partagent sont ceux que j'ai préféré, car ils reflètent ce que le roman finit par symboliser : la fusion, la liberté d'être enfin soi-même, le rêve accompli, la reconstruction et régénération de deux êtres ayant fini par se comprendre mutuellement au gré de leurs voyages.
Ce qui me fait dire que cette histoire a quelque chose de très personnelle pour l'auteure, cela se ressent clairement.

Sans raison apparente est donc un roman introspectif qui apporte son lot de leçons de vie, mais certains éléments évoqués plus haut auraient mérités d'être davantage travaillés et exploités.

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