mercredi 19 juin 2019

La fille qui tressait les nuages



Synopsis :


Saitama-Ken, Japon. 

Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s'enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d'amour passionnel, de secrets.

Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la sœur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son cœur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. 
Influencé par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés.
Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai...

Fable surréaliste, La fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d'un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d'une adolescence toujours plus brève. 


Chronique :


La fille qui tressait les nuages est un roman qui n'a rien de banal. Jouant beaucoup sur le surréalisme, il s'en dégage une atmosphère à la fois étrange, onirique et tragique.

C'est une histoire très intelligemment construite. Les fils du récit s'entremêlent, oscillant entre présent et passé, à travers différents points de vue. J'ai eu la sensation que le personnage principal en savait parfois plus que les autres personnages, comme un point de vue omniscient. Pourtant, Céline joue habilement avec les codes, en brouillant les pistes quant au propre récit du personnage principal.
L'ensemble est très bien agencé, car elle amène le lecteur là où elle veut, en maniant le suspense et les rebondissements de telle sorte que les révélations apparaissent comme de véritables chocs. Elle m'a personnellement laissé en pleine confusion. Tour à tour, je pensais découvrir le pourquoi du comment, pour finalement me rendre compte que je me trompais. 

Seul un événement en particulier, à la fin de l'histoire, m'a déçu. Ou plutôt j'espérais que cela se passe autrement, car il s'était déroulé trop de choses importantes pour que cela finisse ainsi selon moi.

Céline dresse le portrait de personnages abimés par le temps et les souvenirs. Soit ils tentent de recoller les morceaux par amour, soit ils décident de vivre avec leurs propres tourments et leur fatalité. 
À mon sens, la principale leçon à tirer de cette terrible histoire est que tout finit par se savoir, quels que soient les moyens employés pour cacher la vérité. Les personnages ont leurs propres raisons, mais toujours est-il que le prix à payer est lourd de conséquences.

À ce propos, mon personnage préféré fût Akiko. J'ai adoré sa personnalité discrète mais sincère. Elle montre bien que ce sont souvent les personnes qui parlent le moins qui ont finalement le plus de choses à dire, possédants une richesse intérieure incroyable et insoupçonnée. 

La couverture, au même titre que le pays dans lequel l'histoire se déroule, cache bien son jeu.
Je ne m'attendais pas à une histoire aussi macabre. La nature (envoûtante au passage), dans sa poésie aussi primitive que délicate, n'est finalement là que pour masquer la monstruosité des différents événements. 

L'ambiance, très onirique, alterne entre l'ombre et la lumière, l'étrange et le sublime. 
Elle est magnifiquement décrite à travers l'écriture poétique de Céline, qui fait preuve de justesse dans le choix de ses mots.

J'y ai décelé des airs de Murakami, ainsi que certains animés des studios Ghibli, dans ce qu'ils peuvent offrir en matière de singularité, de grandiose mais aussi de dureté.

La fille qui tressait les nuages m'apparait ainsi : une fable picturale cotonneuse, colorée, mais aussi extrêmement noire et tragique.
C'est une œuvre profondément psychologique, aussi enivrante qu'amère, qui joue avec les paradoxes, pour ne mettre que plus efficacement en lumière la dualité de la nature humaine.

Je tiens à féliciter Céline pour cette histoire aussi singulière que surprenante. 
J'y ai découvert une auteure au talent certain, d'une grande culture, passionnée, et dont l'imagination est vraiment étonnante.

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