jeudi 13 juillet 2017

Aeternam Opera - L'Opéra des Errants



Synopsis :


Poussez la porte d'Aeternam Opera et entrez dans un lieu romantique et fantastique où les arts côtoient une magie aussi terrifiante qu'envoûtante...
Au cours d’une nuit mystérieuse, Gabriel, un artiste maladroit et rêveur, s’égare dans Montmartre. Le quartier où il errait et qu’il croyait bien connaître vient subitement de changer. Tout y respire la magie et paraît hors du temps… Désorienté, le jeune homme entre par inadvertance dans un opéra féérique et fastueux qui court sous toute la capitale : AEternam Opera. Accueilli par un mannequin de cire parlant, Gabriel découvrira rapidement qu’il est prisonnier des lieux et qu’il peut l’être pour l’éternité, à moins de retrouver l’illustre Sweeteldy Cat… Il fera la connaissance des Errants qui peuplent l’opéra, comme la fascinante Ballerine et l’élégant Maraudeur. Et pour quitter leur prison dorée, ils devront ensemble percer les mystères de l’opéra et échapper à la vigilance d’un vieil homme fou qui ne pense qu’à rayer des noms sur une liste.


Chronique :


Aeternam Opera est un roman original et enchanteur à bien des égards !

Tout commence d’une manière mystérieuse, tel un conte de Noël. L’ambiance de la butte Montmartre y est très bien décrite, avec ses décors illuminés, son charme baroque… Puis soudainement, tout prend une tournure inattendue. J’étais aussi perdu que le personnage principal, Gabriel, allant au fur et à mesure d’interrogations en découvertes.

Laetitia prend suffisamment de temps pour poser son univers, installant une ambiance à la fois énigmatique et feutrée. La découverte de l’opéra est une merveille en soi… À la manière d’un cirque ou d’un théâtre, j’entrais dans un lieu mystérieux et magique, avec l’intention permanente d’en découvrir chaque recoin. Laetitia y insert pourtant une atmosphère inquiétante, incitant le lecteur à rester sur ses gardes malgré l’émerveillement du lieu. Elle montre de ce fait l’envers du décor, prouvant que les belles choses peuvent être dangereuses.

Les personnages qui ornent le roman sont touchants, atypiques et bien développés psychologiquement pour la majorité. Si au début j’étais pourtant distant à leur égard, je me suis peu à peu attaché à certains d’entre eux au fil de l’histoire. Laetitia est parvenue à leur donner une sensibilité et un vécu qui ne peuvent laisser indifférent.
Je ne vais pas m’étendre, mais je tiens à dire tout de même que Julien est celui qui m’a le plus touché de par sa personnalité et son côté atypique. À travers son vécu, Laetitia dénonce la nature humaine sur fond d’un événement historique ayant marqué la France. Mais en contrepartie, elle fait part de son attachement à la famille, qui se ressent, car elle y accorde une grande importance. Julien est pour moi l’un des personnages les plus intéressants du roman.  
Je constate également que Laetitia a cette capacité de rendre ses méchants énigmatiques et nuancés malgré leur cruauté. Je pense qu’à travers l’un d’eux, Laetitia a voulu montrer que ce qui peut rendre une personne cruelle, provient de ses propres émotions, et ce de manière successive. Le manque de reconnaissance voire d’affection en sont la cause.
Pour finir sur les personnages, le petit bémol est qu’ils se laissent parfois distraire, au détriment de leur mission. Heureusement, certains savent réagir de la bonne manière, l’intrigue repartant du bond pied.

Le plus marquant dans ce roman, à mes yeux, est l’univers en lui-même, ainsi que la construction de l’intrigue.
J’ai eu cette magnifique sensation de me trouver dans un labyrinthe aux allures de théâtre et de cirque, d’une constitution baroque, où se mêlent divers arts tous plus beaux les uns que les autres. J’ai étrangement imaginé le Moulin-Rouge, dans son effervescence du spectacle et ses jeux de lumière… Laetitia a, en quelques lignes, ce don d’émerveiller à la fois les yeux et l’imagination, par sa description minutieuse des lieux et de leur magie.
Son tour de force a été de faire de cette histoire un huit-clos découpé en plusieurs actes, telle une pièce de théâtre. Elle est parvenue à la rendre prenante de bout en bout, en y insérant un bon suspense et des rebondissements surprenants. Si je me doutais de ce qui allait se passer dans certains passages, je ne savais pas forcément quand ni de quelle façon. En cela, Laetitia a su tirer son épingle du jeu, au travers d’une écriture poétique, très bien construite et finement imagée, finissant de parfaite ce tableau proprement enchanteur. Elle n’oublie pas non plus de mettre en scène quelques situations loufoques, voire burlesques, reflétant le comique de situation et de mots, ce qui m’a fait rire.

J’ai grandement aimé l’originalité de Laetitia dans sa manière d’aborder les qualités et les défauts, comme une façon de sous-entendre que certaines personnes ont des capacités particulières qui leurs sont propres, et dont elles doivent prendre conscience. Je le ressens comme une manière déguisée de dire que ce qui rend une personne à part, de par ses capacités ou sa psychologie, ne doit pas être vu comme néfaste. De même, cela sonne comme un appel à la tolérance et à la compréhension, car les personnages sont en quelque sorte des marginaux, étant incompris du fait de leur différence.

Aeternam Opera est une œuvre-d’art, une fresque artistique singulière, cohérente, mêlant le fantastique à la mythologie, sur fond de monde parallèle et de temporalité. C’est une histoire féerique (pas dans le sens classique du terme), qui laisse place à l’émerveillement, comme pour nous rappeler qu’il faut savoir apprécier les beaux instants, s’en délecter.
Cet Opéra, aux allures d’éternité, est un coup de cœur !

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