lundi 24 octobre 2016

Je suis un monstre



Synopsis :

 
Je suis un monstre. C’est le nom qu’on me donne, l’étiquette qu’on me colle. Le mot qu’on me jette
à la figure chaque fois qu’on me voit. Et on me voit beaucoup, on me voit partout. Télé, radio, journaux, on ne parle plus que de moi.
On ne pense qu’à moi. Un monstre... étymologiquement, celui qu’on montre. Mon visage hante vos consciences. Peut-être bientôt sera-t-il présent dans le dictionnaire, parfaite illustration du mot cruauté. Ou du mot souffrance. Car les monstres naissent dans la douleur et de la douleur, c’est bien connu. Les psychanalystes diront que c’est la faute de Maman ou encore des jeux vidéo.
Ils se trompent. Tout est de votre faute. Pourrez-vous l’assumer ?


Chronique :


Rarement un livre m'avait dérouté et horrifié à ce point. Par sa forme et sa cruauté, il atteint le haut du panier dans la catégorie des livres sombres. C'est simple, ce livre est une lente descente aux enfers, autant pour le personnage principal que pour le lecteur, qui ne peut s'empêcher d'être acteur de cette décadence. L'ambiance, aux tons résolument gothiques, est extrêmement sinistre, faite de décors pour la plupart délabrés et de personnages tous plus meurtris et dingues les uns que les autres.

Le roman est tel un long journal intime du personnage principal, Edselias. C'est un personnage que j'ai pris en sympathie peu à peu, car ne méritant pas son sort, n'étant que la conséquence de la barbarie et de la folie de son entourage, en grande partie. Dans sa misère, la folie et la violence vont le gagner peu à peu. Si je n'ai pas toujours été partisan de sa façon d'agir malgré tout ce qu'il subissait, d'un autre côté je le comprenais.  
Quant à Aiden, s'il est à la fois empathique et détestable, il m'a surtout intrigué. J'avais du mal à le cerner, pour finir par le comprendre peu à peu, même si en contrepartie certaines de ses actions m'ont rebuté.

Le livre est très psychologique, autant dans les réflexions des personnages que sur la vie elle-même. Comme je le disais à Keren lors de notre rencontre, son roman est un plaidoyer sur la réalité des choses de la vie, le genre de livre qui nous remet les yeux en face des trous. Même si j'ai parfois trouvé que le roman allait trop loin dans la noirceur et la cruauté (certains passages m'ont saisi d'effroi et je n'étais pas toujours d'accord avec les choix des personnages), la critique acerbe mais très juste de la société et des normes du système font que je ne pouvais que rejoindre les personnages dans leurs constatations. L'écriture de Keren est très incisive et addictive, j'avais beaucoup de mal à décrocher. À travers son histoire, elle pousse loin la réflexion quant au monde dans lequel nous vivons, pointant explicitement du doigt ceux qui nous gouvernent. J'ai adoré les moments où, à travers son personnage principal, elle interagit avec le lecteur dans ses réflexions et conclusions sur l'humanité, qui comme on le sait est capable des pires atrocités. 

À la fin de ma lecture, j'étais clairement chamboulé. Ce roman fait réfléchir, rend songeur et fait se poser les mêmes questions que l'on trouve dans le livre. Est-ce que la folie et la démence sont innées chez certaines personnes, ou ne font que se transmettre de générations en générations selon les actes des personnes qui nous entourent ou que nous croisons au cours de notre vie (entre autres choses) ?
Étrangement, malgré son extrême noirceur, j'ai perçu Je suis un monstre comme une histoire d'amour également, à la fois tendre et perverse. Une histoire entre deux personnages meurtris et rendus fous par la cruauté des humains. 

Si quelques passages m'ont laissé sceptique, je dois dire que Keren a fait preuve d'un grand talent pour avoir écrit un roman aussi diabolique qu'atypique dans sa forme. Elle est parvenue, à travers sa plume, à ancrer l'histoire dans ma tête. Ce roman, que j'ai énormément aimé, est une franche réussite et marque l'esprit, assurément.

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