mercredi 20 juillet 2016

Carmilla



Synopsis :
  
Dans un chateau de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive.
Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne.
Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla...
Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais « par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain ».
Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !
Maître du récit de fantômes et de vampires, dans la tradition romantique du roman noir, l'Irlandais Sheridan Le Fanu (1814-1873) est l'un des pionniers du roman de mystère anglais. Carmilla (1872), texte fondateur du récit de vampires, annonce le Dracula (1897) de Bram Stoker.


Chronique

Écrit 25 ans avant le célèbre Dracula, Carmilla est à mes yeux (malgré une fin que je trouve un peu trop brutale) un chef-d'œuvre indispensable de la littérature vampirique. Même s'il n'est pas le tout premier à mettre en scène un vampire, il est le premier incluant une relation amoureuse entre deux femmes.

Cette relation constitue tout l'attrait du récit. L'auteur conte son histoire à travers le personnage de Laura, solitaire et attachante. La venue de Carmilla va bouleverser son existence sous bien des aspects. La relation entre les deux femmes est à la fois charnelle et subtile, aussi passionnée qu'ambigüe, où la finesse et l'intelligence des propos côtoient une attirance perceptible, et c'est ce qui lui donne une telle attractivité. Teintée d'érotisme, il s'en dégage pourtant un puritanisme évident. De cette relation est née une modernité incontestable du romantisme dans la littérature vampirique. Il faut pouvoir penser à cette œuvre et à celles qui ont suivi pour se rendre compte du génie de Le Fanu.

Carmilla est aussi fascinante que troublante. Tour à tour énigmatique et langoureuse, elle ne cesse d'interpeller, pour mieux surprendre ensuite. Il s'agit pour moi de la femme la plus culte et la plus réussie dans la littérature vampirique, car elle est l'incarnation de la noblesse, de l'élégance et de la séduction dans sa facette la plus sombre et hypnotique. De même, c'est à travers elle que l'ambiance est si réussie. À l'image de la relation, elle oscille entre fantastique et érotisme. C'est ce qui la rend si brumeuse et envoûtante, une tension permanente s'en dégage (l'aspect gothique est parfaitement mis en scène). En la matière, je n'avais jamais rien lu de tel.

La façon dont Le Fanu a construit sa novella la rend extrêmement prenante. Ce qui est paradoxal, c'est que l'écriture est à la fois entrainante et gauche, mais c'est aussi ce qui fait son charme, d'autant plus qu'il faut remettre les choses dans leur contexte. C'est une histoire profondément humaine, sensible, qui fait se rendre compte, à travers la figure du vampire, que l'influence, dans sa fine manipulation, est la pire chose qui soit.

Pour l'anecdote, la préface de François Rivière est aussi belle qu'instructive, mettant en lumière le contexte historique et les conditions dans lesquelles Le Fanu a rédigé Carmilla.

Si Dracula est considéré (à juste titre) comme le seigneur des vampires, Carmilla en est sans nul doute la reine.

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