mardi 21 janvier 2020

Rouge Sang et Noir Corbeau tome 1 : L'Apprentie Faucheuse



Synopsis :


"Aujourd'hui, je suis morte"

Amélia Pratt était une simple domestique, pauvre et sans avenir. Mais par une froide nuit d'hiver de l'année 1850, un homme la précipite dans la mort. 
Elle renait alors sous les traits de Red Death, l'une des sept petites faucheuses. 
Désormais, son rôle est de pourchasser les esprits errants et les fantômes. Et à ce petit jeu-là, elle est la meilleure !   
Pourtant, elle n'a pas choisi l'Ankou le plus docile pour la seconder dans sa tâche. En effet, le beau Rain n'est autre que son propre meurtrier, désormais contraint de lui obéir pour l'éternité... 
Entre complots, dangers et trahisons, parviendra t-elle à accomplir son rêve : devenir la prochaine Grande Faucheuse du Sanctuaire de la Mort ?


Chronique :  


L'Apprentie Faucheuse est un roman plutôt déroutant, ne se prenant pas toujours au sérieux malgré l'aspect ténébreux de l'histoire. 
La Mort est traitée d'une façon à la fois légère et dramatique. L'univers créé par l'auteure est immersif, son ambiance se faisant rapidement ressentir dès les premières pages. 
J'ai particulièrement aimé le début de l'histoire. Elle m'a plongé directement dans une atmosphère malaisante, dénonçant indirectement un sujet toujours aussi fort.
La suite s'est avéré tout aussi plaisante, malgré quelques moments de flottements.

L'écriture est aussi simple que fluide. Malgré des petites fautes par-ci par-là, celles-ci sont vraiment minimes et je n'ai donc pas été freiné pendant ma lecture

J'ai apprécié la plupart des personnages. Mais le principal, Amélia, m'a parfois agaçé. 
Ses interactions avec Rain (et ses actions contre lui) vont parfois trop loin, prenant des proportions malvenues dans des situations qui n'en demandaient pas tant.
D'accord, Amélia a souffert, possède un caractère farouche et est animée par la vengeance, mais je l'ai trouvée trop hautaine la plupart du temps. Personne n'est parfait évidemment, mais ce n'est pas le personnage qui a eu ma préférence, même si je suis loin de la détester.
Au contraire, Rain est un personnage à la fois drôle et complexe, même si lui aussi en fait parfois trop. Il apporte une touche d'humour bienvenue, me procurant quelques fous rires. C'est vraiment celui, à mon sens, qui apporte du piquant à l'histoire.
Mais le personnage qui a ma préférence, bien que pas très présent, n'est autre que la Santa Muerte ! Elle dégage un charisme et un mystère qui ne m'ont pas laissé indifférent. J'ai vraiment hâte d'en savoir plus à son sujet, car elle possède une histoire sans doute très riche et complexe. Ce personnage réserve certainement des surprises, aussi bonnes que mauvaises à mon avis.

Quant à la composition de l'univers, j'ai aimé l'introduction de différents Cavaliers en rapport avec notre société actuelle et son environnement. J'y ai vu des messages cohérents et d'une importance certaine à travers eux.
De même, les questionnements sur la vie et la mort recèlent quelques passages marquants (un en particulier me reste en mémoire) et apportent un certain éclairage quant à notre conception de l'humanité. 

L'Apprentie faucheuse est donc un roman immersif, à la mise en page soignée, qui malgré une certaine légèreté questionne l'humanité quant à son rapport à la Vie et la Mort. 
Malgré quelques défauts et des interactions parfois maladroites, c'est une histoire que j'ai trouvé très agréable, notamment de par son univers et les quelques messages introduits à celui-ci.

Je suis maintenant très curieux de lire le 2ème tome, d'autant plus qu'il sera centré sur un personnage ô combien envoûtant !              

mardi 24 décembre 2019

Les maîtres du crépuscule tome 1 : La marque de Caïn



Synopsis :


Un bal masqué, une femme en rouge, un rire cruel, une cave humide, des personnes encapuchonnées qui me déchirent le corps... C'est tout ce dont je me souviens de la nuit de ma transformation. Et depuis, j'ai parcouru beaucoup de chemin. 

Pourtant, lorsque des marginaux, vampires sauvages et incontrôlables, refont surface, toute la société vampirique est en danger, et mes souvenirs pourraient se révéler primordiaux. 

Qui sont les traîtres ? Comment m'en sortirai-je lors du très pompeux et protocolaire Concile des maîtres ? Le temps est compté, il faut faire vite avant que les marginaux et leurs créateurs ne fassent de nouveau des ravages.


Chronique :


Voilà un bon moment que je n'avais plus apprécié à ce point un roman sur les vampires. J'ai littéralement adoré, dévorant les pages à grande vitesse (c'est le cas de le dire) !

L'ambiance et les personnages m'ont permis de rentrer toute de suite dans l'histoire. J'ai été happé par cette alternance entre ancienneté et modernité, qu'il s'agisse des lieux ou du traitement des vampires. Lina, en historienne accomplie, maitrise son sujet. Les événements et explications s'enchainent avec cohérence, permettant au récit d'être rythmé, car l'auteure ne se perd pas en divagations qui compliqueraient inutilement son histoire. 
Bien sûr, les fausses pistes sont de mises, car le système instauré par les vampires oblige les complots et traitrises. En cela, le suspense est plutôt bien orchestré, même si j'ai aussi pu deviner certaines choses, qui m'apparaissaient évidentes. 

Si le récit se fait sombre, je ne dirais pas qu'il est noir pour autant, mais plutôt crépusculaire. À l'image des personnages, il se dégage une sorte d'attente, d'appréhension. J'étais moi-même acteur de tout cela, ressentant les mêmes sensations qu'eux. L'alternance des points de vue permet de mieux les comprendre, de savoir par quoi ils sont passés, et comment ils vivent leur condition de vampire.
D'ailleurs, l'amour et les sentiments sont pour ainsi dire le nerf de l'intrigue. Pas de romance fleur bleue à l'horizon, il s'agit surtout de sentiments déchirants, ressentis par des personnages à la fois brisés et plein d'espoir. 

À ce propos, ces derniers sont un des points forts du roman ! Lina, de par son écriture précise et imagée, les a très bien développés et décrits pour la majorité. Je ne m'étalerai pas sur mes préférences, mais ils ont tous une personnalité qui leur est propre, la plupart d'entre eux ayant un charisme et une verve incroyables ! De plus, chacun a une histoire plus complexe et touchante qu'on ne le croit. 
J'aurais juste aimé que certain.es soient plus mise.s en avant, car selon leur ancienneté notamment, ils/elles l'auraient mérité. 

L'histoire en elle-même n'est pas des plus novatrice (ce n'est pas un reproche), mais elle a son originalité, lui donnant de ce fait une certaine singularité. J'ai notamment adoré le système des clans et des totems, cet aspect rend selon moi l'histoire d'autant plus captivante et permet de mieux cerner la personnalité des personnages. Il y a des symboliques que j'ai trouvé très judicieuses de la part de l'auteure, ce qui prouve son travail de recherche et le cœur qu'elle a mis dans l'écriture de son livre !

Les maîtres du crépuscule est un roman qui a plus d'un tour dans son sac. L'histoire, aussi captivante qu'intriguante, n'a rien de simpliste. Les vampires apparaissent aussi séduisants que bestials, et les personnages en eux-mêmes apportent un cachet non négligeable au récit, étant aussi complexes qu'attachants. 
C'est évidemment un coup de cœur pour moi, et je tiens à dire bravo à l'auteure, car elle m'a réconcilié avec les vampires ! Que vous les aimiez ou non, c'est un roman qui en vaut grandement la peine, car l'aspect historique à lui seul permet à certains moments de replonger dans une époque pas si révolue que ça au final.        

jeudi 28 novembre 2019

Double Je



Synopsis :


Ève est une jeune femme perturbée. En rupture avec sa famille, elle et son frère écument les routes en quête d'expériences paranormales. 
De retour à Denver, berceau de leur enfance et témoin du décès de leur mère dans des circonstances troublantes, ils enquêtent en binôme sur des affaires de monstres et de fantômes. 
Sans attaches, Ève surplombe un parcours chaotique et tente de remettre un peu d'ordre dans sa vie. 
Cependant, alors qu'elle mène des investigations sur une adolescente soupçonnée d'être hantée par une entité malfaisante, elle perd le contrôle de la situation et renoue avec ses peurs les plus enfouies. Ève doit combattre ses vieux démons et affronter un monstre bien plus redoutable que le croquemitaine... 


Chronique :


Aimant beaucoup tout ce qui a trait au paranormal, je me suis pas mal retrouvé à travers mon intérêt pour les lieues hantés. 
Marie a effectué un beau travail. Elle a su s'approprier sa propre expérience pour retranscrire de façon significative l'ambiance qu'elle a voulu instaurer dans son roman. 
Même si j'en souhaitais davantage à ce niveau, l'ensemble se fait suffisamment mystérieux pour captiver. J'aurais juste souhaité quelque chose d'encore plus sombre.
Ce qui m'a particulièrement plu cela dit, c'est qu'à la manière de Stephen King, elle parvient à semer le doute, à faire se demander si le paranormal est une chose réelle ou si cela fait simplement partie d'une croyance humaine. Même si j'avais senti certaines choses arriver, Marie a tout de même su manier un bon suspense à des moments clés.

L'intrigue proprement dite est intéressante. Marie ne s'est pas contentée d'une simple histoire de fantôme ou maison hantée. À travers ses personnages, elle a construit une histoire plus recherchée qu'il n'y parait. 
Ève est d'ailleurs difficile à cerner. On l'aime ou on la déteste. Au début, elle m'est apparue assez antipathique, bien qu'ayant certaines réflexions sensées quant à ses enquêtes paranormales. Mais au fur et à mesure, quand son vécu se dévoile, je l'ai davantage prise en sympathie. 
Son traitement accentue le côté psychologique de l'histoire, ce que j'ai beaucoup apprécié, car cela ne rend pas l'intrigue trop facile. Malgré tout, j'aurais aimé que Marie s'attarde davantage sur un pan de son histoire, il a manqué quelque chose d'un certain côté.
Dans l'ensemble, la majorité des personnages ont un certain intérêt, notamment Ezio pour ma part, plus complexe qu'on ne le croit. À défaut de m'attacher vraiment à eux, je les ai trouvés intriguants et la plupart de leurs interactions sont bien amenées. 

L'écriture de Marie est simple et efficace (malgré des petites maladresses de la maison d'édition). Elle n'y va pas par quatre chemins pour définir les lieux et personnages, se concentrant sur les choses importantes de l'intrigue, apportant de ce fait du rythme à celle-ci. 

Pour finir, je dirais que cette histoire renoue avec nos peurs d'enfance. Cette époque où nous craignons que les monstres se dissimulent sous le lit ou dans le placard, et où nous allumions la lumière pour nous rassurer. J'ai aimé retrouver cette sensation à travers l'histoire de Marie. 
C'est pourquoi je trouve que, malgré un folklore connu, l'intérêt de ce roman est de nous faire revivre ces moments qui parsemaient nos nuits, ainsi que de nous faire douter de notre santé mentale, pour ainsi dire.
Félicitations à Marie pour ce premier roman, qui est une réussite. Je suis maintenant curieux de voir ce qu'elle va proposer pour sa prochaine histoire. 

jeudi 31 octobre 2019

5 films à voir le jour d'Halloween



En ce jour spécial, et pour changer des livres, je me suis dit que proposer une petite liste de films à regarder le jour (ou le soir :P ) d'Halloween serait judicieux. 
Halloween a toujours été une de mes fêtes préférées (dommage qu'elle ne fasse pas aussi peur que je le souhaiterais), de par son histoire et les sensations qu'elle procure quand l'ambiance s'installe. 
Voici donc ma petite sélection (horrifique ou non) qui selon moi se prête bien à l'ambiance de Samhain :


Halloween, la nuit des masques (John Carpenter)



Autant commencer par ce classique du même nom ! Réalisé à une époque où le Slasher movie en été encore à ses balbutiements, Halloween a fait office de révélation à sa sortie. Qui ne se souvient pas de ce superbe générique, avec cette musique ô combien envoûtante et angoissante mettant tout de suite dans l'ambiance ? Ajoutez à cela un tueur légendaire, aussi froid et impitoyable que le masque qu'il porte, et vous obtenez un film qui saisi d'effroi de par son ambiance ténébreuse et sa bande-son glaçante. Du grand Carpenter !


L'Étrange Noël de Monsieur Jack (Henry Selick)




Voilà un film d'animation révolutionnaire qui aura marqué toute une génération ! Bénéficiant d'une animation et de techniques irréprochables, il transpose la fête de Noël à la sauce Halloween dans une ambiance typiquement Burtonienne (il provient d'une histoire originale de celui-ci). Bien que Tim Burton ne soit pas à la réalisation, on ressent pourtant une atmosphère à son image, à la fois décalée, audacieuse et symbolique. De l'humour, de la féérie, du panache, il n'en fallait pas plus pour faire de ce film d'animation une œuvre à part entière.


Evil Dead (Sam Raimi)




Qu'on aime ou pas, il est indéniable que ce film d'horreur cultissime (teinté d'un humour singulier) aura marqué les esprits à plus d'un titre. Pourtant encore à ses débuts à l'époque, Sam Raimi faisait déjà étalage de sa patte caractéristique et de son audace. Réalisé avec un faible budget et donc des effets spéciaux ayant mal vieillis aujourd'hui, il n'empêche qu'Evil Dead a produit son effet. Jouant sur une atmosphère à la fois intimiste et effroyable, de par le fait que le film se déroule quasiment comme un huit-clos (une cabane perdue dans les bois), Evil Dead ne peut laisser indifférent.
L'Horreur met un certain temps à démarrer, mais cela accentue d'autant plus le suspense et la tension. Arrive alors ensuite une succession de scènes aussi dégoûtantes que drôles (certains passages de par leurs effets spéciaux peuvent faire sourire, aussi bizarre que cela puisse paraitre).
Aussi loufoque qu'effrayant, ce film est parfait en période d'Halloween.


La famille Addams (Barry Sonnenfeld)




Une comédie aussi culte que burlesque, typiquement dans une ambiance gothique que Tim Burton n'aurait pas reniée ! Qui ne connait pas cette famille aussi folle que dangereuse, dont les actes plus bizarroïdes les uns que les autres feraient fuir n'importe qui ?
Des décors transylvaniens, un manoir hanté, une famille macabre... Tout dans ce film est propice à la fête d'Halloween. Alors si vous souhaitez passer une soirée dans une atmosphère gothique où l'humour noir d'une famille complètement allumée ne vous fait pas peur, vous savez ce qu'il vous reste à faire !


Beetlejuice (Tim Burton)





Du grand Tim Burton comme j'adore ! Une comédie noire aussi déjantée qu'inoubliable, portée par un Michael Keaton méconnaissable et au sommet ! La patte du célèbre réalisateur se reconnait immédiatement : ambiance gothique caractéristique, folie créatrice, personnages aussi décalés qu'attachants, références cinématographiques dont l'évocation horrifique se voie tournée en dérision... Il n'en fallait pas plus pour reconnaitre le génie loufoque de Tim Burton.
Bien sûr, les personnages surjouent et il peut y avoir un sentiment étrange donnant au film un aspect absurde, mais tout l'intérêt est pourtant là. Tim Burton parrodie l'horreur à travers des personnages à l'allure monstrueuse, qui pourtant ne le sont pas vraiment à l'intérieur. Une manière sous-jacente de critiquer les préjugés de l'humain et sa peur de ce qu'il ne comprend pas.
Du grand art pour un film qui plonge indéniablement dans l'ambiance d'Halloween !

dimanche 20 octobre 2019

Joker



Synopsis :


Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l'ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d'Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.


Chronique :


C'est bien la première fois que je vais parler cinéma ici. Et je me dis que je devrais le faire régulièrement, étant un passionné. 
Je me devais de chroniquer "Joker", car c'est un film puissant, acerbe et choquant. 

Joker n'a de blockbuster que le nom. Ici, point de super-héroïsme et tout ce que cela englobe. 
Perturbant, provocateur dans ses propos politiques et sociaux, le film est un plaidoyer sur la misère et la folie, ainsi qu'une lente descente aux enfers.






Comparé aux autres productions mettant en scène des personnages tirés des comics, où en général le "héros" change radicalement en quelques minutes (seule la trilogie du Chevalier Noir de Christopher Nolan avait fait le contraire jusque-là), Joker pose le cadre de son récit de manière judicieuse. Tout est accès sur la psychologie et le quotidien d'Arthur Fleck, humoriste moqué et méprisé. Le spectateur a le temps de s'immiscer dans l'ambiance crasseuse et sinistre d'une ville aux allures Scorsesienne (celles et ceux qui ont vu Taxi Driver comprendront), mais surtout dans la tête d'un sociopathe.

J'ai été plusieurs fois mal à l'aise durant le film. Certaines scènes sont d'une grande tension, de celles où l'on appréhende la fatalité du moment. 
L'habilité de la mise en scène réside dans le fait qu'elle brouille les pistes, le réalisateur jouant avec l'esprit du spectateur pour mieux le faire douter. La construction est donc très bien amenée, puisqu'elle fait se poser diverses questions, à la fois sur l'état de la société, mais aussi sur l'état mental du Joker.






En parlant de la société, le principal bémol pour moi, c'est que le film aurait pu en montrer davantage. Mais je n'irai pas plus loin, au risque de spoiler. De même, l'extrémisme du film peut aussi donner l'impression d'un sentiment de trop. Cela dit, l'ensemble reste très réaliste et crédible.

Au-delà de l'aspect politique et social, un thème important est à souligner selon moi : l'identité. Pas celle de la quête identitaire proprement dite, mais celle où l'on en vient à se demander pourquoi nous existons. Dans le cas du Joker, c'est évidemment encore plus complexe, mais cet élément est lui aussi amené d'une manière subtile.

J'en arrive au point central du film : la performance magistrale de Joaquin Phoenix ! Clairement, il m'a stupéfait. Il joue le Joker d'une manière si intense et viscérale qu'il est en fait habité par son personnage, il fait bien plus que le jouer. Pour cause, il porte le film sur ses épaules. Le filmage et les plans-séquences aident beaucoup en cela, accentuant le malaise qui accompagne le personnage à travers des passages symboliquement forts. 
Bien que je n'excuse pas certains de ses actes, j'ai pourtant ressenti de la compassion pour Arthur, même quand il devient le Joker. Sa lente descente aux enfers n'est que le reflet d'une société où les puissants méprisent les minorités sociales, considérant la plupart comme des clowns, fermant les yeux devant la violence omniprésente, et plus encore. Même si comme je l'ai dit cela est extrême et que les mêmes malheurs n'arrivent pas à tout le monde, il y aurait quand même de quoi devenir fou. Au fond, je comprends le Joker dans un sens, malgré sa folie. Dans l'histoire, ce n'est pas lui qui est le plus à blâmer. 





Dernier point qui donne toute sa substance au film : la musique, et l'ambiance qu'elle instaure d'une manière générale. Elle est conçue de sorte à provoquer la tension, l'attente, l'effroi. La majorité des passages sont d'une force symbolique, pour ne pas dire palpable, tout en étant esthétiquement travaillés.

Sans être parfait, Joker n'en reste pas moins un grand film ! Porté par un acteur transcendant, une réalisation sombre et percutante, le film envoie au placard les précédentes productions DC lisses et formatées, en proposant une œuvre digne d'un film d'auteur.
Psychologiquement dérangeant, glaçant, Joker ose mettre sur la table les choses d'actualité qui révoltent. 
Une œuvre marquante, qui fait énormément de bien au vu du paysage cinématographique actuel.




Dernière chose : n'en attendez pas trop. Allez le voir pour ce qu'il est, faites-vous votre propre avis !


Source des photos : Allociné

dimanche 15 septembre 2019

S.O.S. Geek



Synopsis :


Anaïs Fauquette, 26 ans, célibataire

Profession : vendeuse dans un magasin de jeux vidéo

Passion : geeker

Caractéristiques : Cadette de trois frères, Anaïs vit dans un monde masculin. Baskets, trainings, t-shirt d'un tournoi de jeu en ligne et cheveux relevés en un chignon maladroit lui collent à la peau. 

Lola Delva, 23 ans, célibataire

Profession : comptable

Passion : fitness et jogging

Caractéristique : Fille à papa, elle a été gâtée toute sa vie. Très attachée à son image, elle pratique de nombreux sports et se donne corps et âme pour sa carrière, afin de reprendre un jour l'affaire familiale.

Deux jeunes femmes très différentes. Leurs vies auraient dû demeurer à jamais éloignées, si un phénomène étrange n'était pas venu chambouler le quotidien d'Anaïs...


Chronique :


Il y a quelques temps, j'avais lu ce livre en bêta-lecture, aimant beaucoup les écrits de Tiffany et la suivant depuis ses débuts. 
Grand bien m'en a pris, car encore une fois, je n'ai pas été déçu.

S.O.S. Geek est le genre d'histoire qui rafraichit l'esprit. Il est amusant, léger, se parant de situations souvent plus cocasses les unes que les autres. 
Le hic, si je puis dire, c'est qu'on retrouve certains clichés. Mais personnellement, ça ne m'a pas gêné, car Tiffany parvient à donner malgré tout un certain relief à ses personnages. Et puis, sans ces dits-clichés, ça ne serait pas aussi drôle.

Mais derrière l'humour se cachent des messages importants. Tout d'abord celui des rencontres en ligne (tous genres confondus).
À l'ère d'internet, nous sommes beaucoup à nous confronter à certaines personnes que nous ne connaissons pas vraiment dans la vraie vie, le risque étant que nous pouvons tomber sur n'importe qui, dans le bon comme dans le mauvais sens. Il est donc vital de protéger sa vie privée.
Néanmoins, dans cette histoire, le message ne se fait pas virulent. Au contraire, dans son déroulement, il en est touchant, et un brin romantique même. Il prouve qu'à force d'apprendre à connaitre la personne, nous pouvons parfois tomber sur quelqu'un de bien, avec qui il est possible de vivre plus qu'une amitié.

L'autre message important, à mon sens, est celui de la gestion du deuil. Il est toujours dur de perdre un être cher, tout le monde ne réagissant pas de la même manière face à cela.
Tiffany a eu le mérite de ne pas faire le larmoyant. Elle a su rendre ses personnages touchants, ces derniers montrant une facette plus sensible d'eux à travers leur vécu.
D'ailleurs, le roman m'a fait penser à une certaine série fantastique. Pour celles et ceux la connaissant, le lien devrait se faire sans difficultés.

Je me suis beaucoup amusé en lisant ce livre. Si l'intrigue est légère, elle est néanmoins sensible et sans prise de tête. 
Tiffany met en scène des personnages certes caricaturaux, mais qui ont néanmoins leur caractère, et les interactions n'en sont dès lors que plus intéressantes.

Comme toujours depuis que je lis l'auteure, je constate la douceur et la sensibilité de sa plume, notamment à travers les valeurs familiales qui ont une grande importance pour elle.
Sa progression est constante. Si la psychologie n'est pas forcément son point fort, j'ai pourtant l'impression qu'il se renforce toujours un peu plus. 

En tout cas, cette histoire permet de passer un très bon moment, grâce à son humour, la légèreté de son ton, et ses personnages aussi amusants qu'attendrissants.

dimanche 1 septembre 2019

Chambre Nymphale



Synopsis :


À la suite d’un traumatisme, Otto se trouve confronté à un paysage de désolation et de ténèbres. En proie à ses démons, il évolue dans un univers de sombres fantasmagories, recréant la réalité en l’arpentant dans sa sensibilité, flirtant ou communiant avec la folie. Entre ses instincts archaïques et le Monstre dévorant, la métamorphose opère.


Chronique :


Chambre Nymphale est un roman à l'univers singulier. Pourtant, il m'a fallu un certain temps avant de pouvoir me plonger totalement dans l'histoire.

Le récit se fait dès le début très mystérieux, voire flou. Il se dégage une ambiance malaisante. Je m'étais déjà demandé où se situait la frontière entre le réel et la folie, car Maude n'épargne aucunement son personnage principal. J'adore quand le récit prend un aspect très psychologique, mais je pense que ce qui m'a fait stagner réside dans le fait que l'ambiance s'avérait souvent trop pessimiste. À vrai dire, j'avais du mal à me représenter les sensations vécues, je n'arrivais pas à véritablement m'en imprégner. D'autant plus que pendant une bonne partie du livre, l'ensemble m'apparaissait répétitif. J'avais l'impression qu'Otto évoluait très peu, bien qu'il est normal que Maude s'attarde sur ses tourments. 

Cependant, arrivé à la moitié du roman, je suis davantage rentré dans l'histoire, l'ensemble m'apparaissant plus clair dans mon imagination. J'ai davantage compris Otto et le pourquoi de ses nombreuses tortures, il y a même des passages où je me suis retrouvé à travers lui. 

Globalement, je dirais que Chambre Nymphale est un roman peu commun, et qu'il nécessite peut-être une relecture pour pouvoir être assimilé et compris totalement, tant les messages s'avèrent nombreux et le style d'écriture recherché. Je veux dire pour ce dernier qu'il se fait très poétique et onirique, Maude employant certaines figures de style bien visibles. Cela donne des descriptions imagées, mais aussi très intériorisées. 

Malgré les nuances émises, ce roman m'a plu. Bien que le style de Maude soit inhabituel d'une certaine façon, c'est aussi pour ça que je l'ai apprécié, car il fait la part belle à la beauté de la langue française. Son écriture est riche et possède un charme indéniable. 
Elle a son univers bien à elle, s'avérant différent de par certains aspects. Ses nombreux messages sur la société (souvent dépeinte d'une façon amer), la nature, l'acceptation de la différence ou la dualité de l'être humain, font de cette histoire un plaidoyer sur la nature humaine et ses diverses facettes. 
Mais à travers ces ambiances ténébreuses voire macabres, et ce sentiment de désespoir ornant le récit, il s'en dégage pourtant une certaine beauté, parfois même une certaine féérie. Cela démontre que c'est à travers la souffrance que nous évoluons, aussi dur que cela puisse être. Et lorsque nous parvenons à la surmonter, nous pouvons entrevoir la lumière, telle une renaissance.

Maude a signé un roman très personnel, à travers un personnage à fleur de peau qui n'est pourtant pas si monstrueux qu'il parait l'être. La frontière entre le réel et la folie s'avère souvent bien mince, mais cela brouille d'autant plus les pistes. 
Cela donne au final une histoire psychologiquement tortueuse et dérangeante, associée à un onirisme d'une profonde beauté. 

mercredi 19 juin 2019

La fille qui tressait les nuages



Synopsis :


Saitama-Ken, Japon. 

Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s'enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d'amour passionnel, de secrets.

Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la sœur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son cœur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. 
Influencé par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés.
Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai...

Fable surréaliste, La fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d'un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d'une adolescence toujours plus brève. 


Chronique :


La fille qui tressait les nuages est un roman qui n'a rien de banal. Jouant beaucoup sur le surréalisme, il s'en dégage une atmosphère à la fois étrange, onirique et tragique.

C'est une histoire très intelligemment construite. Les fils du récit s'entremêlent, oscillant entre présent et passé, à travers différents points de vue. J'ai eu la sensation que le personnage principal en savait parfois plus que les autres personnages, comme un point de vue omniscient. Pourtant, Céline joue habilement avec les codes, en brouillant les pistes quant au propre récit du personnage principal.
L'ensemble est très bien agencé, car elle amène le lecteur là où elle veut, en maniant le suspense et les rebondissements de telle sorte que les révélations apparaissent comme de véritables chocs. Elle m'a personnellement laissé en pleine confusion. Tour à tour, je pensais découvrir le pourquoi du comment, pour finalement me rendre compte que je me trompais. 

Seul un événement en particulier, à la fin de l'histoire, m'a déçu. Ou plutôt j'espérais que cela se passe autrement, car il s'était déroulé trop de choses importantes pour que cela finisse ainsi selon moi.

Céline dresse le portrait de personnages abimés par le temps et les souvenirs. Soit ils tentent de recoller les morceaux par amour, soit ils décident de vivre avec leurs propres tourments et leur fatalité. 
À mon sens, la principale leçon à tirer de cette terrible histoire est que tout finit par se savoir, quels que soient les moyens employés pour cacher la vérité. Les personnages ont leurs propres raisons, mais toujours est-il que le prix à payer est lourd de conséquences.

À ce propos, mon personnage préféré fût Akiko. J'ai adoré sa personnalité discrète mais sincère. Elle montre bien que ce sont souvent les personnes qui parlent le moins qui ont finalement le plus de choses à dire, possédants une richesse intérieure incroyable et insoupçonnée. 

La couverture, au même titre que le pays dans lequel l'histoire se déroule, cache bien son jeu.
Je ne m'attendais pas à une histoire aussi macabre. La nature (envoûtante au passage), dans sa poésie aussi primitive que délicate, n'est finalement là que pour masquer la monstruosité des différents événements. 

L'ambiance, très onirique, alterne entre l'ombre et la lumière, l'étrange et le sublime. 
Elle est magnifiquement décrite à travers l'écriture poétique de Céline, qui fait preuve de justesse dans le choix de ses mots.

J'y ai décelé des airs de Murakami, ainsi que certains animés des studios Ghibli, dans ce qu'ils peuvent offrir en matière de singularité, de grandiose mais aussi de dureté.

La fille qui tressait les nuages m'apparait ainsi : une fable picturale cotonneuse, colorée, mais aussi extrêmement noire et tragique.
C'est une œuvre profondément psychologique, aussi enivrante qu'amère, qui joue avec les paradoxes, pour ne mettre que plus efficacement en lumière la dualité de la nature humaine.

Je tiens à féliciter Céline pour cette histoire aussi singulière que surprenante. 
J'y ai découvert une auteure au talent certain, d'une grande culture, passionnée, et dont l'imagination est vraiment étonnante.